"Plein à ras bord, le coffre dégueulant de cartons, de vestes de costard et de matériel de golf, le 4x4 Mercedes prêté par le club est garé pile devant le vestiaire. On reconnaît tout de suite la voiture du coach et là, entre joueurs, on se regarde, on ne comprend rien. On nous annonce alors que le coach s'en va sur le champ à la Real Sociedad, comme ça, du jour au lendemain, le matin de notre départ en stage hivernal, sans nous dire un mot...
On a découvert un sacré personnage. Un Gallois super froid, costaud comme un joueur de rugby, la pire porte de prison que j'ai eue de ma carrière, il nous adressait à peine la parole. Je rate mon premier match, il me sort alors de l'équipe sans me dire un mot. Sa première décision collective fut d'interdire le survêtement à l'entraînement. Le message, c'était ''vous jouez en short, non ? Alors, entraînez-vous en short !'' C'était l'hiver, il faisait un froid de malade, on grelottait tous... Je me souviendrai toute ma vie de la tête de certains de nos joueurs africains quand il a annoncé ça.
Les rares fois où il nous parlait, c'était pour nous montrer ses compos d'équipe du Real : "j'ai fait jouer lui là, lui là..." J'avais envie de lui dire : ''mon vieux, tu n'as pas le même effectif ici, tu ne vas pas rigoler pareil.'' Mais je ne conserve aucun ressentiment envers John, il est passé comme une comète dans nos vies, dans une saison où tout le monde a fait n'importe quoi, à commencer par nos dirigeants. L'affaire des faux passeports nous a fait beaucoup de mal. On sortait de trois saisons exceptionnelles, les plus belles de ma vie d'homme et de footballeur, et tout a viré au cauchemar cette saison-là"




























