Tout le monde se lève pour Piazza !

· aloisio
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Dans sa dernière édition, Le Monde publie une longue interview d'Osvaldo Piazza. Extraits.

 

"Quand les choses ne se passaient pas bien, qu'on n'arrivait pas à trouver la faille, j'étais un peu le détonateur. J'avais toujours en tête l'intention d'anticiper l'action de l'attaquant, de couper la passe qu'il allait recevoir. J'interceptais, et je me projetais. Quand l'équipe adverse avance vers toi et que, d'un coup, c'est toi qui avances vers elle, tu as l'impression d'aller deux fois plus vite. Je faisais ça très simplement, sans aucune complication. Je n'ai jamais dribblé personne. Mais j'ai mis plusieurs buts comme ça. Et quand je déclenchais ces chevauchées, il y avait comme un déclic, toute l'équipe se projetait et tout le stade s'excitait et nous accompagnait. Et peu à peu, mes coéquipiers attendaient cela de moi, comme on attendait un geste de grande classe de Larqué, le calme et le sang-froid de Bathenay, l'agilité de Curkovic, la vitesse de Janvion, les tacles de Lopez, les allers-retours de cette fourmi qu'était Synaeghel, la générosité de Patrick Revelli, l'opportunisme d'Hervé. Chacun mettait ses atouts à la disposition de l'équipe.

 

Aujourd'hui, j'entends que Saint-Etienne a le meilleur public de France. Sans entrer dans le jeu de la comparaison, l'identification était bien plus forte à notre époque. Eux s'identifiaient à nous, et nous à eux. Il y avait une sorte de souffrance mutuelle. Quand on prenait un but, on était tristes. Pas parce que l'équipe était menée, mais parce que notre équipe, notre club étaient menés. On était passionnés, et même si les dirigeants avaient décidé de ne plus nous payer, on aurait joué de la même façon. On savait qu'on n'avait pas une belle ville, mais que les ouvriers qui l'habitaient se levaient à 4 heures du matin pour aller acheter leurs billets. C'est cette identification qui nous a rendus bien plus forts et nous a permis de renverser des montagnes. Quand on perdait un match aller en prenant une raclée, en se faisant promener, on finissait par se qualifier chez nous grâce à un sacrifice, un tempérament, une envie hors du commun. Mais certainement pas par du beau football.

 

Saint-Etienne était une équipe très sérieuse, appliquée, convaincue. Bien plus solide que technique. Il y avait des joueurs puissants, rapides, mais on n'avait pas cinq mecs techniquement au-dessus. Un ou deux, pas plus. C'était une grande équipe car tous les joueurs se sacrifiaient pour elle, et parce qu'elle savait cibler et profiter des failles de l'adversaire. Et puis, bon, on avait le Chaudron. Et ça, toutes les équipes qui venaient à Saint-Etienne le sentaient. Le Chaudron nous appartenait et rendait le rival plus petit. Les kops faisaient un incroyable vacarme, les supporters descendaient d'une traite jusqu'au bas des tribunes, ils scandaient nos noms. Quand ça se passait mal, ils nous encourageaient davantage encore. Je me souviens d'un match à domicile contre Bastia, en 1975, il nous manquait un point pour être champions. A 13 minutes de la fin, on perdait 2-0. Et bam !, panne de courant, tout s'éteint. Un quart d'heure plus tard, ça reprend, et on gagne 3-2.

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