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Une carrière sportive stoppée net par le destin, pas suffisant pour arrêter ce courageux Breton qui retrouva le chemin du port à la formation du Forez...
Né le 26/08/1973 à Fougères (Ile-et-Vilaine)
Taille: 1,73 m
Poids: 69 kg
Premier match en D1: 16 décembre 1990 - PSG 1-1 Rennes
Clubs: Rennes (1990-1999), Sedan (1999-2000), Saint-Etienne (2000-2002)
Nombre de matches en L1: 194 (15 buts)
Nombre de matches en L2: 83 (5 buts)
Nombre de matches avec les Verts: 58 (5 buts)
Né à à 40 kilomètres de Rennes et à 20 de Fougères, Laurent Huard est un enfant, comme beaucoup d’autres, passionné de football: "J’ai commencé le foot tout petit, je jouais dans mon village à Saint-Marc. A 13 ans, j’ai intégré l’école Sport Etude de Saint-Méen-le-Grand (Ille-et-Vilaine)". Très vite, il va démontrer de réelles capacités et va être appelé en sélection départementale puis régionale. Patrick Rampillon, déjà responsable du Centre de formation des Rouge et Noir le repère. A 14 ans, "Lolo" Huard rentre ainsi dans la maison rennaise: "Tout s’est passé très vite, je m’entraînais tous les jours et j’allais à l’école en 3e au collège Anne-de-Bretagne à Rennes"

Évolution de Laurent Huard à Rennes (de 1994 à 1998)
La progression du joueur est régulière. Après 5 ans au Centre de formation, le Breton intègre le groupe professionnel. En décembre 90, le coach rennais Raymond Kéruzoré l’appelle en équipe première. Dès lors, Laurent ne quittera plus le groupe professionnel. Il restera 9 ans en équipe fanion et connaîtra 6 entraîneurs différents: "J’ai toujours apprécié de jouer pour le Stade Rennais. C’est mon club. Je garde d’excellents souvenirs comme par exemple la montée avec Michel Le Milinaire en 1993-94 ou encore lors de la saison 1997-98 sous les commandes de Guy David, nous avions 5 points de retard sur le 1er non relégable. Avec beaucoup d’abnégation nous avions réussi à nous maintenir, grâce notamment à Kaba Diawara. J’ai gardé beaucoup d’amis dans le milieu et je n’oublie pas la sympathie du public envers moi".

Huard affronte plusieurs fois les Verts de Mannucci
durant sa période rennaise (photo Le Progrès)
Pourtant, en 1999, Laurent Huard n’est plus titulaire au sein de l’équipe de Paul Le Guen, il quitte alors le Stade Rennais pour Sedan: "J’avais une impression de blocage, je voulais jouer alors j’ai demandé à partir mais je n’en veux pas à Paul Le Guen. Mes relations avec lui ont toujours été bonnes, il y avait simplement à cette époque des joueurs meilleurs que moi".
Nouvelle région, nouveau départ. Laurent quitte sa Bretagne natale pour l’Est de la France et pose ses bagages dans les Ardennes: "Nous avons réalisé une belle saison, nous terminons 7e du classement et nous jouons l’Intertoto". Et les Verts en savent quelque chose: cette saison-là, le CSSA, nouvellement promu comme eux, bat l'ASSE deux fois sur le même score de 3-2, à l'aller comme au retour. Laurent Huard est bien évidemment à chaque fois titulaire, c'est le genre de performance qui ne passe pas inaperçue...

Huard et ses coéquipiers sangliers bousculent toute la D1 en 1999-00
Il n'est donc guère surprenant que Robert Nouzaret, l'entraîneur de l’AS Saint-Étienne, l'ait repéré lors de ces deux oppositions. La cour peut commencer car l'entrejeu stéphanois est un secteur où le Nouz' est très exigeant: il faut des milieux capables de bonifier le travail de Pape Sarr, Tchiressoua Guel et Julien Sablé.
Aussi, un an à peine après son transfert à Sedan, Laurent repart pour le Forez durant l’été 2000. Très vite adopté par le public et finalement bien plus qu'un joueur de turnover, l'ancien Rennais devient un acteur majeur du onze stéphanois: "D’un point de vue sportif, tout se passait vraiment bien, il y avait une bonne ambiance entre les joueurs et le public était extraordinaire. D’un point de vue extra-sportif, c’était plus difficile".

Gérard Soler pose avec Alan Olesen et Laurent Huard, deux des recrues estivales
(photo le Progrès)
En effet, cette saison est l'une des pires de l'histoire de l'ASSE: après des débuts encourageants, la machine commence à se gripper, des dissenssions internes apparaissent et Robert Nouzaret est rapidement limogé à l'automne. Une crise secoue alors l’ASSE lors de la révélation de l'affaire des faux passeports, dont la gestion catastrophique de la LNF empoisonnera le club toute la saison. Malgré ses 31 matches disputés et ses 4 buts inscrits, Laurent Huard ne peut empêcher l'AS Saint-Étienne de descendre en 2e division.
En revanche, il choisit de s’y accrocher et fait partie des seuls pros confirmés à poursuivre l'aventure dans le Forez: "J’avais des contacts avec mes deux anciens clubs, le Stade Rennais et Sedan mais j’ai préféré rester avec Saint-Étienne". Les supporters lui en seront reconnaissants et l'acclameront comme l'un des meilleurs éléments du triste effectif de la saison 2001-02. Avec 28 matches et un but marqué, il surnage littéralement dans un onze qui n'est pourtant guère souverain sur le pelouse.
Mais sa saison n'ira pas au bout: en avril, le milieu relayeur s’écroule à deux reprises sur le terrain d'entrainement de l'Étrat. Les médecins l'examinent et lui diagnostiquent rapidement une maladie cardiaque, issue d'une malformation congénitale au cœur: une dysplasie arythmogène du ventricule droit (à vos souhaits).
Un syndrôme qui, la médecine progressant, se généralisera de plus en plus au cours des décennies suivantes...

Cette saison 2001-02 sera la dernière au club et dernière tout court
de la carrière de Laurent Huard (photo le Progrès)
Mais là nous sommes en 2002 et il n'y a qu'une seule chose à faire pour le Breton. Il doit immédiatement mettre un terme à sa carrière à seulement 28 ans, et subir une intervention chirurgicale lourde: "Du jour au lendemain, j'ai été contraint d'arrêter le sport de haut niveau. Faire le deuil de ma carrière fut une période difficile mais j'ai été bien entouré. Aujourd'hui, grâce à un appareil cardiaque, j'ai la possibilité de continuer à pratiquer du sport. Cela m'a permis de passer mes diplômes d'entraîneur. Rennes s'est ensuite rappelé de moi".
Laurent Huard ne quitte donc pas l’univers du football. Dès le mois de septembre 2002, il suit une formation pour devenir entraîneur et obtient son Brevet d’Etat premier degré 4 mois plus tard. Après s’être occupé plusieurs saisons des 16 ans nationaux du club breton, il devient entraîneur adjoint du Stade Rennais puis entraîneur de la réserve en 2007, sous les ordres de Patrick Rampillon toujours, et en collaboration avec d'autres anciens verts (ses ex-coaches Frédéric Antonetti et Jean-Marie De Zerbi, entraîneurs de l'équipe première ainsi que Loïc Lambert, entraîneur de l'équipe C). Pendant 5 ans, le Stade Rennais sera nommé meilleur centre de formation français.

Changement de casquette bonnet pour Huard, désormais formateur à Rennes
A l'été 2012, Laurent Huard décroche son DEPF (en même temps qu'un certain Christophe Galtier) et est habilité à entraîner une équipe de pros. Peu avant cela, en février de la même année, il était pourtant hospitalisé en raison d'un nouveau problème cardiaque, l'obligeant à être maintenu dans un coma artificiel pendant 48 heures avant de subir une intervention chirurgicale: "En résumé, mon défibrilateur a eu besoin de l'aide de brillants professeurs pour contrecarrer l'évolution de ma maladie et la remettre à une place discrète. Pendant 10 ans, cette maladie m'a laissé tranquille. Je vivais avec, j'en oubliais presque son existence. Désormais, il faut vite rebondir. C'est pour cela que je me suis lancé dans mes diplômes d'entraîneur".
Depuis juillet 2003 dans l’encadrement du Centre de formation du Stade Rennais, la question se pose alors de savoir si le Breton est prêt pour prendre en main l'équipe pro: "Rennes c'est ma région, c'est mon club... C'est là que j'ai tout appris en tant que footballeur, et c'est encore ici que je me forme en tant qu'entraîneur. Maintenant, est-ce que je franchirai un autre palier ici ? Je ne sais pas"
Depuis, on sait: la réponse sera non.

Nouveau club, même poste pour Huard dès 2015
Car à l'intersaison 2015, Laurent Huard est nommé entraîneur de la réserve du PSG ! Une promotion assez inattendue pour un formateur désormais reconnu: "A Rennes, j'étais chez moi, je faisais partie des meubles et j'aurais pu rester. Mais j'avais besoin d'un nouveau défi quand celui du PSG s'est présenté. Je devais dire oui, sinon je l'aurais regretté toute ma vie".
Il ne restera qu'une saison à ce poste exigeant avant de prendre en main les U17 du club parisien, à une époque où la politique dépensière du PSG n'est pas vraiment de privilégier ses jeunes pépites...
Ainsi, à l'été 2019, peut-être un peu las de ne pas avoir sa chance ni de pouvoir voir ses jeunes protégés avoir la leur, Laurent Huard met un terme à son contrat avec le PSG et tente une nouvelle aventure... dans son ancien club: l'AS Saint-Étienne !
En effet, Ghislain Printant vient d'être promu entraîneur et a besoin d'un adjoint pour occuper le poste qui était le sien jusque là: Jean-Louis Gasset lui glisse le nom de Laurent Huard, qu'il avait connu au PSG. Le Breton n'hésite pas longtemps: "Être ici a un sens pour moi. J’ai porté ce maillot. Ma fille, qui vient d’obtenir son baccalauréat, est Stéphanoise. Je ne peux pas oublier mon passage à Saint-Étienne"

En revant à Sainté, Huard devient également adjoint pour la première fois
Mais les choses ne sont jamais aussi simples dans la vie: la belle dynamique de la saison 2018-19 s'étiole rapidement, Printant est assez vite licencié devant le manque de résultats et c'est l'austère Claude Puel qui vient le remplacer.
Ce dernier est un vieux de la vieille: il a son staff et ses propres exigeances. Et il n'est pas spécialement proche de Laurent Huard. Ce dernier passe donc assez rapidement du statut d'adjoint, qu'il découvrait à peine, à celui d'assistant cantonné à suivre les adversaires, travailler avec la cellule vidéo ou encore s’occuper des entraînements supplémentaires des joueurs non retenus. Il n'est plus intégré au groupe lors des déplacements et est également privé de banc de touche à domicile. Une mise au placard en bonne et due forme !
Mais l'optimiste adjoint ne s'en offusque pas plus que çà: "Je n’aime pas élaborer de plan de carrière. Dans le foot, tout va très vite. D’ailleurs, on voit aujourd’hui le nombre d’entraîneurs sur le carreau. Il faut rester humble et prendre les choses étape par étape"
Et c'est la bonne attitude: après 3 ans à faire son boulot efficacement sans se plaindre, Huard se fait nommer par Claude Puel directeur technique du centre de formation en décembre 2020: "Claude m’a proposé ce rôle à la formation et je l’ai accepté avec fierté. J’ai eu la possibilité de travailler un an avec lui. J’ai vu comment il fonctionnait, on a appris à se connaître. S’il m’a proposé ce poste, c’est qu’il pensait que je pouvais être l’homme de la situation"

Nouveau poste pour une nouvelle vie dans le Forez
Alors, retour à la formation et fini le coaching ?
Et bien oui mais pas complètement: en décembre 2023, Laurent Batlles ne survit pas à une défaite 3-1 dans le Chaudron face à Guingamp et est limogé. Les Verts ont déjà ciblé Olivier Dall'Oglio pour le remplacer mais doivent aussi affronter Nîmes en Coupe de France 4 jours plus tard. Il faut un intérimaire et çà tombe bien: on a un cadre du centre de formation qui a le diplôme, Laurent Huard bien sûr !
C'est donc dans le cadre d'un intérim bien délicat que Lolo remplace Lolo et fait ses grands débuts sur le banc stéphanois.
Sauf que le moral est morose et que les choix de Huard sont très, très marqués par son vécu de formateur: 7 des 11 joueurs titulaires ont moins de 21 ans et ca se paye sur le terrain. L'ASSE s'incline 1-0 et se retrouve éliminée en proposant une bouillie de football à domicile même si le technicien d'un jour assumera ses choix: "La composition de départ, ce sont des choix assumés et concertés. Les joueurs ne démarrent pas un match pour perdre, ils ont tous envie de jouer et de gagner des matchs. On est compétiteur quand on rentre sur le terrain, on essaye de faire le maximum"

La première expérience du Huard sur le banc est un fiasco
Si le peuple vert apprécie peu de voir son club lâcher une compétition aussi prestigieuse que la Coupe de France, il ne lui en tiendra guère rigueur. Pas plus d'ailleurs qu'un an plus tard, dans la même compétition mais face à un adversaire bien plus redoutable, alors que le même Olivier Dall'Oglio était à son tour licencié pour mauvais résultats. Cette fois, c'est l'OM qui vient éliminer l'ASSE dans le Chaudron sur le score de 4-0. Laurent Huard, pour son second interim, ne peut que constater les dégâts. Il cède sa place dans la foulée à Eirik Horneland et reprend son rôle au centre de formation dont il reste l'une des pièces maîtresses: "Ma mission consiste à coordonner un petit peu la partie technique, manager les éducateurs. Le but est d’arriver à une cohérence entre le centre et l’équipe professionnelle mais aussi à l’intérieur du centre pour proposer un contenu cohérent aux jeunes. Chaque éducateur a sa sensibilité mais il faut avoir des idées communes d’intention de jeu, de travaux, que ce soit sur la partie technique, tactique ou athlétique"
Une mission facilitée par son caractère affable et sa profonde gentillesse louée par tous ceux qui l'ont connu de près ou de loin:
- "Laurent était un équipier modèle, travailleur (...) Quand je l’ai connu à l’ASSE, c’était déjà un gars loyal, honnête et droit" (Robert Nouzaret)
- Personnellement, j'adore ce mec. J’apprécie beaucoup sa personnalité, il est toujours dans la bienveillance (Fabien Boudarène)
- Laurent est un mec bien, sur le terrain comme en dehors. C’est quelqu’un qui est clean (...) pas introverti mais réservé. Il ne parle pas pour ne rien dire. Il a toujours le bon mot au bon moment" (Alex di Rocco)
- C’est un très bon mec, qui est professionnel et très rigoureux. J’étais très jeune à l’époque et lui faisait partie des joueurs expérimentés mais je me souviens qu’il était très simple (Mickaël Pontal).
Un cœur certes malade mais gros comme çà, pas de doute, çà donne envie d'apprendre à le connaître le Lolo !

Potins