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So long, Galette

31/03/2016


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Le mensuel So Foot publie aujourd'hui une longue et passionnante interview de Christophe Galtier. Extraits.

 

"Pour moi, il n'y a rien de plus important que l'humain, ce qui est contradictoire par rapport à l'image que je pouvais renvoyer en tant que joueur. Un  jour, je me suis demandé comment je pouvais faire pour essayer de changer mon image. On m'a conseillé de ne rien faire, ça ne servait à rien. La relation humaine est primordiale. J'existe car j'ai 25 gars avec moi dans le vestiaire. Et avant d'être des footballeurs, ce sont des hommes. Si ma relation avec les joueurs n'était qu'une relation entraînés-entraineur, j'aurais du mal, je ne serais pas épanoui.

 

Je n'ai jamais voulu être numéro un. Je ne pensais pas qu'un coach pouvait avoir des relations fortes avec ses joueurs. On a été formaté avec ce truc qu'il faut de l'autorité et de la distance avec eux, mais c'est faux. Si vous me donnez une matraque ou un fouet, je ne saurai pas faire, ce n'est pas mon truc. En tant qu'adjoint, j'avais une certaine liberté dans ma relation avec les joueurs et je pensais que les entraîneurs ne pouvaient pas l'avoir.

 

J'étais une éponge avec les joueurs. Les joueurs pouvaient me dire ce qu'ils voulaient. Si ça te faisait du bien de me dire que l'entraîneur était un enculé, vas-y, lâche-toi, tu peux me le dire à moi. Aujourd'hui je vais chez les joueurs quand il y a un souci. Et si ce n'est pas à lui que je parle, c'est à son épouse. Mais derrière, je suis hyper exigeant. Je l'ai fait pendant onze ans comme adjoint. Après, les circonstances ont fait que j'ai pris la succession d'Alain Perrin.

 

Quand j'accepte la mission, je ne suis absolument pas lucide sur les conséquences que pourrait avoir un échec. En plus, je remplace un entraîneur qui m'a pris pour l'adjoint pendant des années, avec tous les fantasmes que ça peut créer. Mais tout est clair avec Alain. Je lui ai dit : "Je pense qu'ils vont me proposer le poste." Il me répond : "Si c'est le cas, il faut y aller." Il part en rendez-vous avec  les dirigeants, et en revenant il me dit : "C'est fini pour moi, mais s'ils te proposent l'équipe, il faut que tu la prennes."

 

La seconde place, même sans compétition européenne, je ne peux pas la garantir. Sinon, c'est que je suis fou. Après, je pense que jouer l'Europe tous les ans fait progresser les joueurs, moi, et le club en général. Le souci, c'est qu'on ne peut pas jouer de la même façon en disputant un match tous les trois jours, surtout avec les moyens que l'on a. Il faut peut-être revoir quelque chose chez nous, mais aussi l'organisation de notre championnat.

 

Wenger a dit que quand il était arrivé à Arsenal, il n'avait aucune idée de combien de temps il allait rester. Malgré tout, il a adapté son travail comme s'il allait durer longtemps. Selon moi, si l'on n'est pas dans cet état d'esprit, on ne dure pas longtemps. Ce qui va arriver en fin de saison, je n'en sais rien, mais j'ai toujours en tête d'essayer de voir ce que l'on peut faire pour progresser.

 

Je n'ai plus Bernès comme agent, ça fait un an que l'on n'a pas échangé un mot. Ce n'est absolument pas un signal envoyé à Labrune. Je connais Bernès depuis mes 14 ans, ça n'a rien à voir avec l'OM si on ne se parle plus, ça dépasse le cadre du football. Point. En plus, j'ai prolongé ici sans aucun agent. Je ne suis pas lassé d'être là. Le jour où je partirai d'ici, je serai en larmes. L'ASSE, c'est en moi. Je serai là tant que les dirigeants voudront de moi. Après, est-ce qu'il y a d'autres clubs, d'autres clubs qui pourraient me séduire… Et je ne parle pas d'un projet bling-bling, hein !

 

Un jour, le magazine du club a titré "Christophe Galtier, le bâtisseur". C'est un beau compliment. Me retrouver dans un club qui aurait des difficultés et où il y a des valeurs humaines, de la ferveur, c'est quelque chose qui pourrait m'attirer. Ici, je n'ai pas peur de faire l'année de trop. Une progression, ce n'est pas linéaire : on monte, on stagne, on redescend, pas tout en bas mais un peu, pour avoir le rebond nécessaire pour aller plus haut. Je n'ai pas peur de la régression dans le classement. Parce que cette année, on s'est amélioré en Coupe d'Europe, même si je ne vais pas me cacher derrière ça au moment de faire le bilan.

 

Il faut une profonde réforme dans notre football, il faut qu'on ait plus de moyens. Rendez-vous compte : j'étais sur Gaël Kakuta et il a  préféré signer à Séville, où il savait qu'il n'avait aucune chance de jouer ! Là, il est en Chine, le mec ! Il a 24 ans ! Je ne lui en veux pas, c'est son choix, mais quand j'ai vu ça… Si la Ligue 1 ne peut pas récupérer des garçons de 23 ou 24 ans, que l'ASSE, malgré la promesse d'une campagne européenne et un stade plein n'y arrive pas non plus, je me dis que, putain, on est mort !

 

On a un salary cap et heureusement, sinon le club serait en danger. Si vous vendez les meilleurs, ce n'est pas pour racheter au même prix ou plus cher. Pour compenser, il faut trouver la perle rare ou faire le joueur, mais ça prend du temps.  Le nombre de joueurs qui partent en Angleterre et ne jouent pas, c'est terrible ! Et je ne peux pas les récupérer parce que je ne peux pas assumer leurs salaires. Putain, mais alors on fait quoi ?

 

Sur les stades, avec l'Euro, vous me dites qu'il y a quand même du bon. Mais vous iriez-vous un samedi à 20h00 à Geoffroy-Guichard l'hiver ? Vous êtes allés au nouveau stade de Lyon ? Allez-y, faites vous un kif. Il a refait l'Allemagne ! C'est un stade qui va accueillir une finale de Champions League, je le signe de suite.  A l'OL, une nouvelle génération est arrivée à maturité pile au moment où ils avaient besoin d'argent pour construire le stade. Mais ce n'est pas le fruit du hasard, l'autre c'est un visionnaire de folie !

 

Il y deux ans, j'ai reçu un appel du pied d'un pays du Golfe. Au départ, j'esquive. Ils reviennent, j'esquive encore. Au bout de la troisième fois, je me suis dit : "Bon, on va écouter quand même. " C'est la chose à ne pas faire : l'offre était incroyable. Moi, honnêtement, j'ai vacillé. C'était astronomique. Je me dis : "Jamais je ne vais au Qatar, il y a quoi là-bas ? Des tribunes vides et des mecs avec des cerceaux." Je suis allé à Abu Dhabi avec Alain. Le niveau est… pff… Et puis là, d'un coup, quand tout est posé devant moi, je me dis : "Qu'est-ce qu'il me raconte, il s'est trompé de chiffre." C'était fois six, parce que c'est du net d'impôts, hein ! Mes parents seraient incapables de lire le chiffre, quoi !

 

Roland Romeyer aimerait développer le modèle des socios ? Je ne sais pas bien ce que ça veut dire, je ne me suis pas penché là-dessus. Est-ce que c'est réalisable chez nous ? Je ne sais pas. Ici, c'est l'Angleterre. Pour l'obtention de mon diplôme d'entraîneur, je suis allé faire mon mémoire à Liverpool. Quand je suis arrivé là-bas, j'ai dit : "ici, c'est Saint-Etienne." Mais multiplié par dix en termes de moyens financiers.

 

Quans je suis arrivé à Sainté, fin novembre 2008, il faisait nuit, il neigeait. Le lendemain, tous les terrains du centre d'entraînement étaient remplis de joueurs. Je me suis dit : "Mais c'est l'académie !" J'avais dans la tête ce qui se faisait en Angleterre ou dans les universités américaines et j'ai dit : "Putain, ça pue le foot ici !" Si on veut rivaliser avec ceux qui ont plus de moyens financiers, ça passe par un travail extraordinaire avec la formation. Vous me dites que le problème de la formation, c'est qu'on est vite pillé. Mais Ils ne sont pas pillés à 60 kilomètres d'ici.

 

Ici, financièrement, on ne fait on ne fait pas plus que ce que l'on peut, mais il y a un secteur dans lequel on doit exceller c'est la formation. Et qu'on le veuille ou non, s'il y a un exemple à suivre, c'est celui qui est à 60 kilomètres d'ici. Eux, ils ont cette capacité à les sortir, à les garder, à gagner avec les transférer cher. Les mecs qui sont formés à l'OL mais qui ne passent pas pros font quand même carrière. Ils ont un savoir-faire. Evidemment, ils ont la vitrine des 7 titres d'affilée mais ils sont bons pour les trouver dans les quartiers. Putain, il faut qu'on y aille, pas espionner mais il faut s'en inspirer !

 

Il m'arrive de pleurer et de vomir après certaines défaites parce que je garde beaucoup de choses en moi. Des fois, j'essaie de ne pas laisser transparaître des moments de doute… Je suis tellement investi pour réussir… J'arrive à 8h30 et je pars à 20h00, hein ! A Bâle, je suis fou quand il y a cette fin. C'est long pour l'entraîneur, très long ! Après le coup de sifflet final, il y a une heure où il doit encore être dedans. Il y les médias, le vestiaire, ce qu'il doit renvoyer aux joueurs, aux dirigeants, le bilan médical, plein de trucs.

 

Quand j'ai fini tout ça, je vais prendre une douche, et là je suis en morceaux, mort. C'est sous la douche que me dis que l'Europe, c'est fini. J'y avais mis tellement de choses… Cela s'est joué en une minute. Même après l'expulsion, je sais qu'on va revenir, qu'on à deux minutes à tenir et que ça va être difficile, et ça tombe… Une heure après, je suis dans ma douche, déconfit, accroupi, décomposé, à l'envers… Et dix minutes après, il faut que je sois dans le bus, tout droit."

   


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25/10/2017 21:00

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