Un match pas comme les autres

Un match pas comme les autres

Le match contre Angers a été particulier et il ne restera probablement pas une référence tactique pour les Verts, même si des leçons peuvent en être tirées.

Il est quasiment impossible de faire une analyse tactique avec des faits de jeu si divers lors d'un seul match. Quand le score est ouvert très tôt, le plan de jeu change forcément. Quand une équipe en pleine confiance se fait punir suite à une erreur bête et totalement inattendue, elle prend un coup au moral - et les considérants tactiques ne sont plus relevants. Une expulsion change la donne, surtout tout de suite après le retour des vestiaires quand un nouveau plan de jeu avait été établi. Et un autre rouge change encore la tactique...
 
Bref, il est difficile de tirer des conclusions tactiques après un match pareil. Mais un regard attentif sur la manière de construire les attaques stéphanoises relève des différences majeures entre la 1ère période et la 2ème, ou plus précisément entre l'égalisation et la pause d'un côté et entre les deux expulsions de l'autre.
 

Attaques placées en 1MT

Après l'égalisation angevine, les Verts ont largement eu la possession du ballon, mais ils ont subi le pressing haut et agressif des adversaires - ils ont commis des erreurs qu'ils auraient pu payer cher. Par contre, parfois il n'y avait pas de pressing et les Stéphanois ont pu mettre en place un style d'attaque assez particulier, illustré par deux exemples :
 
A la 22ème, une attaque placée de l'ASSE part de Ruffier, qui donne le ballon à Lacroix, qui le donne à la sentinelle Diousse, responsable de distribuer le jeu :
 
 
Mais le problème de Diousse est que les 4 options offensives (les 2 relayeurs et les 2 excentrés) sont loin, tous cachés derrière les milieux adverses. Pire, les deux latéraux, RPG et Janko, ne sont pas montés - il n'y a donc pas d'option de passe vers l'avant, alors il joue avec Perrin.
 
 
Perrin prolonge plus loin à Janko et Pajot décroche pour proposer une solution, même si c'est seulement pour redonner le ballon au capitaine. 
 
 
Perrin le redonne à Lacroix et c'est le tour de l'autre relayeur, Dabo, de proposer une solution en décrochant. Et comme son adversaire s'était éloigné (aspiré par le jeu de l'autre côté), il a le temps de se retourner...
 
 
... et de trouver Cabella entre les lignes, qui lance dans le couloir gauche RPG, qui avait enfin proposé une solution dans la moitié adverse. Sur cette image on voit très bien le positionnement de Cabella et Hamouma, théoriquement deux milieux excentrés, mais en pratique deux meneurs de jeu (on pourrait dire que l'ASSE jouait en 4-3-2-1). La suite de l'action est un centre en retrait de RPG pour Hamouma et un tir à côté du cadre - le seul tir stéphanois entre l'ouverture du score et la 82ème minute...
 
 
Même si l'exemple précédent a une conclusion positive, il illustre le style des attaques placées stéphanoises, et surtout les problèmes rencontrés, visibles encore plus sur un autre exemple, quelques minutes plus tard :
 
 
Relance de Ruffier pour Perrin, qui donne à Diousse... qui n'a pas d'autre option que de jouer en retrait - il n'y a aucun milieu en vue. En effet, ils sont tous bien cachés dans le bloc adverse, bloc très bas et compact :
 
 
Les 5 milieux angevins (ils jouaient en 4-1-4-1) n'ont aucun problème d'empêcher les passes vers les 4 stéphanois - il n'y a pas de mouvement et surtout ils sont tous dans l'axe, il n'y a personne dans les couloirs. Vu que Hamouma et Cabella n'avaient pas comme vocation de s'écarter et vu que RPG et Janko ne montent pas, tout le monde se retrouve dans l'axe et loin du porteur du ballon. Devant ces options qui lui sont proposées, Lacroix redonne le ballon à Perrin...
 
 
... qui monte avec, sans être attaqué. Janko lui propose une option dans le couloir droit, il est servi et il essaye de combiner avec Loïs Diony qui avait décroché - le un-deux échoue, mais il n'y avait pas autre chose à faire, le seul qui proposait une option de passe (à moitié, sans vraiment être démarqué de son adversaire direct) était Pajot - tous les autres restaient loin et derrière les adversaires.
 
Après l'égalisation angevine, on a subi le plan de jeu adverse. Parfois un pressing haut et agressif qui nous poussait à la faute ou nous empêchait de construire. Parfois un bloc bas et compact, bien serré dans l'axe, laissant les couloirs libres... mais rarement pris par nos latéraux. Et quand on a joué sur les côtés, on a raté quasiment tous les centres tentés.
 
 

Attaque placée en 2MT

 
Il n'a pas été facile de trouver une longue attaque placée en 2ème période pour les Verts et il est surtout impossible de savoir comment le staff stéphanois avait prévu le déroulement du match après la pause, vu que Pajot s'est fait expulser très vite après le retour des vestiaires. En infériorité numérique, les Verts ont défendu, privés de ballon (des longues séquences à 35% de possession entre la 50ème et la 68ème) et ont essayé d'attaquer en contre. Mais quand ils ont gardé le ballon et ont construit le jeu, ça a été différent de la 1ère période, comme dans cet exemple à la 69ème, quand Ruffier relance avec Lacroix, qui combine avec RPG, qui finalement, sous le pressing adverse, écarte pour Perrin :
 
 
Sur cette action les Angevins avaient fait le choix d'un pressing haut, mais Perrin et Diousse arrivent à s'en défaire et Janko est lancé dans son couloir : 
 
 
Sur les images précédentes on voit les deux relayeurs, Habib Maïga et Dabo, dans notre moitié, pas très loin du ballon, moins cachés dans le bloc adverse. Ceci est très utile, Janko pouvant s'appuyer sur Maïga...
 
 
... qui joue son rôle de relayeur pour donner à Cabella, qui lance d'une talonnade Janko dans le couloir. Une sortie de balle propre, malgré le pressing adverse et en utilisant de relais bien positionnés. Sans options, Janko redonne le ballon à Maïga, qui écarte de l'autre côte sur RPG : 
 
 
On joue dans la moitié adverse et même si le bloc angevin est en place, les déplacements des Verts sont assez bien faits pour offrir toujours des options de passe : 
 
 
RPG sert Bamba, qui avait décroché (en changeant de place avec Dabo) et qui change de nouveau le côté pour Cabella :
 
 
Maïga lui propose une solution, mais la dernière recrue de l'ASSE hésite - le bloc adverse est de nouveau en place et le ballon est donné à Diousse dans l'axe :
 
 
Sur cette image on voit toujours le 4-1-4-1 bas d'Angers, mais aussi des Verts nettement mieux distribués sur la largeur. Ce ne sont pas les latéraux RPG et Janko en position d'ailiers, mais Dabo et Maïga. Diousse redonne à RPG à gauche, qui revient dans l'axe avec Perrin...
 
 
... qui renvoie le jeu à droite sur Janko, qui prolonge jusqu'à "l'ailier" Habib Maïga. Du côté de l'ASSE, on avait clairement fait le choix d'écarter, de jouer sur les côtés, en total opposition de la 1MT. Sur cette dernière image, imaginez que l'ASSE n'était pas en infériorité numérique - la présence de Diony (en supposant Maïga entré à la place d'un Pajot non exclu) aurait offert une solution supplémentaire pour le centre dans la surface ou une option supplémentaire pour combiner dans l'entre-jeu.
 
 
 

Conclusions

 
Les deux périodes ont été très différentes dans leur approche tactique et l'infériorité numérique n'explique pas tout. Pendant la première, les Verts ont été pris à leur propre jeu par Angers - un pressing haut, du jeu bien écarté, des ballons dans l'espace. Et quand on essayait des attaques placées, les 4 milieux se trouvaient tous dans l'axe, on avait du mal à écarter - quand on le faisait, principalement grâce à des latéraux offensifs - la conclusion était gâchée par des centres ratés. Pendant la deuxième, c'est Angers qui a dû prendre le jeu en main - on a bien défendu et on a essayé d'agir en contre. Mais les rares attaques placées ont été très différentes, avec du jeu bien écarté, du mouvement et beaucoup plus des solutions proposées au porteur de balle.
 
Ça a été une rencontre particulière, avec des nombreux faits de match qui ont fait varier les plans de jeu. Mais ce qui ressort fortement est que l'ASSE a eu beaucoup plus de facilité à défendre bas et procéder en contre que de se montrer dangereuse sur des attaques placées contre un adversaire qui lui laisse le ballon.
 
 

 

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