Attention, l'article qui va suivre est majoritairement d'époque. Il fut rédigé sous l'emprise de la colère et est donc dégagé de toute objectivité critique ainsi que bien évidemment de recul.
Les propos rapportés ici n'engagent que leur auteur, comme toutes les personnes ayant vécu cet évènement de près ou de loin...


C'était trop beau pour durer
Vous souvenez-vous de 2004 ??? Le 22 mai ??? Ce but de Bridonneau ??? La fête énorme place de l'Hotel de Ville ??? Thomas Schmider tout fou, Antonetti éclatant de joie, les joueurs déchaînés ???

Moi je m'en souviens parfaitement ! Et aussi de Jean-Claude Perrin, alors co-président, tout taciturne dans son coin. Tu m'étonnes...

Antonetti parlait de "régal" en évoquant cette saison du titre de champion de D2. Villanova commençait à se lancer sur certaines pistes (Camara, Piquionne...): "On veut renforcer chaque ligne". Juju Sablé criait haut et fort: "Mon choix prioritaire c'est l'ASSE" !

Je continue ? Non parce que là, je sens que la colère me remonte, j'vous dis pas ! Enfin si, je vous dis !
Tant pis pour vous...



La liesse en ville après le match du titre. A peine une semaine et déjà si loin...


Perlin et Pimpin convoquent un Conseil d'Administration
Dix jours se sont écoulés depuis le 22 mai. On est le mardi 1er juin. Il est tard. On attend tous les résultats de ce pu... de CA qui ne viennent toujours pas !
Le 27 mai, dans le Progrès, on pouvait lire que le contrat de Frédéric Antonetti n'était toujours pas renouvelé et qu'on attendait un nouveau directeur général. Un fois nommé, Perrin s'était engagé à ne plus s'immiscer dans la vie du club.

En gros, voilà la donne: les contrats d'Antonetti et Villanova arrivent à leur terme. Seront-ils renouvelés ? Villanova ne veut devoir des comptes qu'à son président et Antonetti ne veut pas rester sans Villanova. Fidélité ? Sans doute. Mais il sait aussi que Villanova évincé, c'est pieds et poings liés qu'il devra emplir sa tâche d'entraîneur.
Lors de ce CA, les votes devront déterminer si Antonetti, puis Villanova, sont reconduits. Onze votes. Lavaud, Schmider et Gaccio pour le clan Bompard. Perrin et Caïazzo qui comptent chacun deux soutiens. Et puis ces traîtres de l'Association !!!


Jean-Claude Perrin (tout à droite), toujours dans l'entourage du club en 2007


Le conseil délibèrera longtemps, cinq heures, et jusque tard dans la nuit. Antonetti est reconduit sans problème, à l'unanimité... Il n'en va pas de même pour Villanova qui n'obtient le soutien que de trois voix: celles du clan Bompard. Seul Perrin s'est abstenu. Devinez ce qu'ont voté les sept autres... Ces trois "oui" à Villanova émanent de ceux qui ont toujours défendu l'ASSE, qui la connaissent, qui l'aiment et qui n'ont pas été parachutés dans un bistrot de la Part-Dieu ! Eux n'ont pas pondu un an plus tôt une charte... que je qualifierai d'"étrange" pour ne pas froisser son auteur et qui laissait déjà présager du style de communication de la future présidence... Eux n'ont pas des griefs contre un entraîneur qui a eu le tort de l'ouvrir contre les anciens Verts !

Schmider déclarera plus tard qu'il n'a pas compris ce vote. Il ne se faisait pas d'illusions pour Perrin, mais il pensait que Caïazzo et ses deux partisans se rallieraient à lui.

Démissions en chaîne !
Tout va aller très vite !
Le 2 juin, Antonetti dont le contrat arrive à son terme après deux ans et demi de bons et loyaux services, a préféré partir, explique le club dans un communiqué laconique publié sur le site officiel: "Le conseil tient à remercier Frédéric Antonetti pour le travail réalisé à l'AS Saint-Etienne et regrette sa décision. Il proposera prochainement une nouvelle organisation du staff technique"
Trop trop triste le conseil !!! Tellement triste que le soir-même de l'élimination de Villanova, il avait déjà créé la fonction de directeur général, attribuée à Vincent Tong Cuong, qui l'exerçait auparavant à Guingamp (relégué en L2).

Antonetti dira: "Je suis très amer (...). A travers Christian (Villanova), c'est moi qu'on attaquait".
Bien entendu ! Il a parfaitement compris ce qui se passe, qu'il aura les mains liées et qu'il ne sera sans doute pas écouté pour le recrutement. Frédéric Antonetti démissionne donc le 2 juin. Il passera un an sans rien faire comme il l'avait dit... sans doute à déprimer. Et il gardera une rancune tenance envers son ex-président et envers son successeur sur le banc des Verts. Mais avec lui, ce sont aussi De Zerbi et Nicolas Dyon qui quittent le club par fidélité au technicien corse quelques jours plus tard. Ainsi que... Thomas Schmider.



Bernard Caiazzo reçoit l'ex-président Alain Bompard lors d'un match en 2004 (photo l'Équipe)


Un troisième président qui démissionne en un an
Le Progrès du 27 mai rapportait ses propos: "Je souhaite confirmer ce qui a été décidé, à savoir la reconduction du contrat de Frédéric Antonetti et de son équipe. S'il y avait un autre projet, j'en tirerais les conséquences". Il en tirera les conséquences très rapidement, dès le 3 juin:
"A l’attention du Conseil d’Administration de la SASP ASSE Loire
Madame, Messieurs,
Ayant pris acte des décisions du Conseil d’Administration, mardi 1er juin dernier, de ne pas renouveler le staff technique ainsi que je l’avais proposé et soutenu, je vous présente ma démission du poste de Président, Directeur Général et administrateur de la SASP ASSE Loire."

Poum poum ! Un joli tir de shotgun* qui dégage Thomas Schmider qui avait fermement soutenu le projet Antonetti-Villanova. Et un ch'tit communiqué sur le site off, un:
"L'ensemble des membres du conseil d'administration de la SASP ASSE Loire a appris avec regret et tristesse la décision de Thomas Schmider de démissionner de ses fonctions de président, directeur général et d'administrateur"


Thomas Schmider, éphémère président de la remontée en L1 (photo l'Équipe)


Cette fois, le conseil d'administration manifeste des regrets ET de la tristesse !
Ce communiqué n'oubliera pas de préciser qu'une conférence de presse présentant le nouvel organigramme de l'ASSE sera organisée lundi 7 juin à 15 heures au siège du Club. Thomas Schmider est actionnaire du club depuis plusieurs années, à la différence de Bernard Caïazzo et de Jean-Claude Perrin, avec qui il est en désaccord. Après Bompard et Grange, c'est le troisième président des Verts qui démissionne en un an. Vous avez dit stabilité ?

Manifestations, émoi et moi et moi chez les supporters
Sur tous les forums, qu'ils soient stéphanois ou non, ça discute de cette affaire. Décidément, l'ASSE n'est vraiment pas un club comme les autres ! Et le jour où un dirigeant pensera à servir d'abord les intérêts de ce club avant les siens propres, qu'ils soient financiers ou mégalomanes, on pourra envisager d'avancer ! Le combat entre "pro" et "anti" ne fait que commencer !

En ce samedi après-midi 5 juin, nous sommes un bon millier, selon la police (dix fois plus selon moi), à manifester devant le stade Geoffroy-Guichard en faveur de Frédéric Antonetti. Les quatre groupes de supporters (Associés supporters, Indépendantistes stéphanois, Green Angels et Magic Fans) avaient appelé à cette manifestation.
Le nom d'Antonetti est acclamé. Ceux de Perrin et Caïazzo... comment dire ? Nettement moins.

Les groupes de supporters dénoncent les risques de déstabilisation des joueurs et des sponsors provoqués par la récente révolution de palais. Bernard Caïazzo et Jean-Claude Perrin, deviennent des "mercenaires" venus "se faire une image et faire de la plus-value en développant du marketing autour du club".
"Notre mobilisation ne fait que commencer", annoncent les quatre groupes.

Ils appellent à un nouveau rassemblement lundi après-midi à Geoffroy-Guichard, puisque c'est ce jour-là que doit être présenté le nouvel organigramme et le nouveau staff technique du club. Nous sommes moins nombreux que samedi, en cette fin d'après-midi du 7 juin. Le Général avait raison: les Français sont des veaux. Or les Stéphanois sont des Français. Inutile que je prolonge le syllogisme !

Ça ne traîne pas et la Mairie s'en mêle
Lundi 7 juin 2004, seulement cinq jours après le départ d'Antonetti, Elie Baup, une figure bien connue des supporters, est nommé entraîneur.
Mais comment ont-ils fait pour nous sortir aussi vite, en moins de cinq jours, un entraîneur aussi renommé de leur chapeau alors qu'ils ne s'attendaient mais alors pas du tout à ce qu'Antonetti dégage ??? Ils sont balaises non ? C'est marrant comme ils auront plus de mal pour ramener un nouvel entraîneur au nom ronflant quelques années plus tard (Ivan, si tu me lis, je te faisais confiance, c'est juste que j'étais très très énervée !!!)


Maurice Vincent et Michel Thiollière, deux maires aux rapports tendus avec l'ASSE


Le lendemain de la présentation du nouvel organigramme du club, le maire, Michel Thiollière, décide de retirer du vote du Conseil Municipal qui se tient deux dossiers qui représentaient une somme de 612.210 euros. Les élus, qu'ils soient de droite ou de gauche approuvent cette mesure.
"Le club est porteur des valeurs de la ville. On ne peut pas les dissocier. Les nouveaux dirigeants doivent s'imprégner de cette réalité" dira le maire. Maurice Vincent, chef de file de l'opposition socialiste et future maire, pense que "pour accompagner son aide publique, la collectivité doit obtenir une place au sein du conseil d'administration, pour être informée en temps réel de ce qui s'y passe".

Déjà le 3 juin, Michel Thiollière s'était déclaré "inquiet de l'enchaînement d'événements négatifs" touchant le club de football professionnel de sa ville, après la démission jeudi de son président Thomas Schmider. Lui aussi a remarqué "le formidable travail qu'il a mené en bonne intelligence avec Frédéric Antonetti et qui a permis la remontée du club en L1".
Et de poursuivre: "Après l'espoir suscité par la remontée en L1, on assiste aujourd'hui à un enchaînement d'événements négatifs qui m'inquiètent, alors que le club a besoin de sérénité, de solidité et d'honnêteté envers son public et sa ville (...) L'ASSE ne peut être administrée sans que règne une parfaite harmonie entre les dirigeants, le staff technique, les joueurs et les supporteurs. Cela passe par un projet sportif et financier à moyen terme transparent et viable".
Président de la Communauté d'agglomération Saint-Etienne Métropole, il avait voté cette saison, comme le Conseil général de la Loire, des subventions exceptionnelles pour éviter la rétrogradation de l'ASSE. 



Bernard Caiazzo, seul à bord à l'été 2004


Mais Bernard Caïazzo a plus d'un tour dans son sac. Celui qui fait peur, c'est Jean-Claude Perrin. Il suffit donc de le dégager. C'est chose faite quelques jours plus tard grâce au décidément pratique concept du shotgun. En fin d'année, il sera rejoint à la co-présidence par le truculent Roland Romeyer, au club depuis 2003. Et enfin les subventions, la sérénité, la quiétude et la joie peuvent revenir à l'ASSE... Il n'y a plus qu'un traître à la présidence et moi je peux annoncer que je ne boycotterai finalement qu'un match sur deux !

En 2011, Bernard Caiazzo déclarera au Figaro: "Je m'entendais très bien avec Antonetti mais il voulait confier les clés du club à Christian Villanova. Ce qu'on a refusé. Si c'était à refaire j'aurais pris le risque. Car Frédéric Antonetti est un homme de parole, pas du tout un homme d'argent."
Un peu tard, mon cher Nanard...


* Le shotgun (fusil à pompe) ou clause coercitive est utilisée pour obliger des associés à se séparer sans faire traîner la situation. Quand un associé A ne veut plus travailler avec un associé B, il lui offre de racheter l'intégralité de ses parts au prix de son choix. L'associé B a alors le choix entre accepter ou racheter les parts de A au même prix, auquel cas ce dernier n'a pas le droit de refuser.