Ou l'histoire d'un joueur parti par la porte de derrière pour revenir par la grande porte de Geoffroy-Guichard...


Patrice Garande voit le jour le 27 novembre 1960 à Oullins (69). Après avoir joué dans les équipes de jeunes d’Oullins et d’Isigny, Patrice arrive à l’âge de 14 ans à l’ASSE. Durant 4 saisons, cet attaquant géographiquement proche de la banlieue va être formé à l’école stéphanoise. En voilà un qui avait déjà tout compris !
Le problème, c'est que cette période (entre 1975 et 1979) correspond à l'Épopée des Verts et compte tenu de la qualité des attaquants de l’effectif professionnel et des enjeux majeurs disputés par l'équipe une, il est difficile pour un jeune joueur de percer à l’ASSE. Il débute avec les pros en disputant 5 petits bouts de matches à partir de 1977 mais Garonnaire et Herbin lui font comprendre que le recrutement de l'été 1979 (Rep et Platini) ne lui laisse guère de chance de porter à nouveau le maillot vert.



En 1977, l'équipe de jeunes de l'ASSE comptait un certain nombre de talents, dont Garande


Patrice décide donc de partir en Suisse pour une saison au CS Chênois. Pourquoi ce choix étrange ? Mais parce que ce club est géré depuis peu par Hervé Revelli, fraîchement retraité, qui décide de prendre sous son aile ce jeune espoir à qui l'on a pas donné sa chance. Redevenu amateur, Garande inscrit 15 buts pour sa première saison hors du Forez, malgré une bronchite qui le handicape plusieurs semaines. Un drame familial le pousse à revenir régulièrement en France et puis son talent mérite mieux, aussi Patrice signe à Orléans en deuxième division afin de retrouver du temps de jeu professionnel. Comme ce n'est pas un tocard, loin de là, il fait de sa première saison sérieuse une saison pleine avec 21 buts à son actif. C'est là que Guy Roux le remarque.



Garande redécouvre la joie du buteur à Auxerre


Cette rencontre avec le sorcier de l’Yonne et ses 5 saisons passées à l’AJA vont considérablement booster la carrière de Garande. Patrice s’affirme aux côtés du moustachu Szarmarch à la pointe de l’attaque bourguignonne et marque pas moins de 61 buts sous les couleurs icaunaises, avec en point d’orgue le titre de meilleur buteur de première division en 1984 (21 buts). Cela faisait 14 ans qu'un Français n'avait pas réussi cela. Le dernier ? Hervé Revelli...
L’année 1984 est d'ailleurs décidément faste pour lui puisqu’elle le voit sacré champion olympique avec les Bleus à Los Angeles.



Médaille d'or pour Garande en 1984


Après une courte escapade nantaise lors de la saison 1986-87, c’est le retour aux sources: Patrice signe à l’ASSE et voit débuter la deuxième période faste de sa carrière. Son entente avec Philippe Tibeuf (les fameux Dupont et Dupond) fait merveille sur le front de l’attaque stéphanoise, tant et si bien qu’il est appelé le 27 avril 1988 en équipe de France pour un match amical en Irlande du Nord. Ce sera sa seule sélection.
En deux saisons, Patrice régale Geoffroy-Guichard et inscrit la bagatelle de 26 buts. Il passe près du titre de meilleur buteur une seconde fois en terminant second avec 18 buts en 1988 (derrière Papin, 19 buts) et emmène l'ASSE vers son meilleur classement depuis l'épopée (4e en 1988).



Garande et Tibeuf, un duo de magiciens à l'ASSE


Mais la saison suivante est plus difficile. Non seulement pour lui (9 buts seulement) mais aussi pour son club qui termine 14e.
Son départ du Forez sera le début d’une instabilité peu favorable au renouvellement de ses prestations sous le maillot vert. Avec 5 clubs différents en autant de saisons, Patrice Garande ignore ostensiblement la ligne droite: il va de Lens à Bourges, son terminus, en passant par Montpellier, Le Havre et Sochaux.
Sa carrière de joueur se termine à Orléans, le club de ses grands débuts et redevenu amateur, comme lui. Il y remporte son dernier trophée: celui de champion de DH groupe Centre en 1995. Après 17 saisons de carrière, il aura joué 78 matches avec les Verts et inscrit 26 buts.



D'Orléans à Orléans, une longue carrière avec de moins en moins de cheveux


Mais sa carrière va rebondir sans attendre. A peine les crampons raccrochés, Patrice Garande est recruté par le SM Caen en tant qu’entraîneur adjoint de Pierre Mankowski. Le club normand est immédiatement champion de D2 (1995-96) mais la valse des entraîneurs commence et Garande devient l'adjoint successif de Guy David puis de Gabriel Calderon et plus tard de Pascal Théault. Le SM Caen est retombé en D2 et ce dernier ne souhaite pas le conserver. Patrice quitte donc Caen pour un autre club normand: l'AS Cherbourg.

Arrivé en 1999 comme conseiller technique de ce petit club de CFA, il va l'emmener jusqu'en National en 2002 et le stabiliser à ce niveau avant de le quitter en 2004, au terme de son contrat.
L'histoire aurait pu l'envoyer sous d'autres cieux mais Patrice est attaché à la Normandie et le SM Caen connaît tellement de déboires qu'il ne résiste pas à rempiler en tant qu'adjoint de Patrick Parizon (un autre ancien vert) en 2005 puis il devient celui de Franck Dumas.
Il obtient son DEPF en 2009 et devient donc apte à diriger une équipe professionnelle, ce qui sera le cas à l'été 2012, lorsque Dumas est finalement limogé après plus de 7 ans de règne sur le banc caennais.



De la pelouse au banc avec la même réussite


Le Stade Malherbe, abonné à l'ascenseur durant les années 2000, retourne alors en Ligue 2 avec un tout nouvel entraîneur qui fait ses grands débuts, mlagré sa grande ancienneté au club: Patrice Garande. En terminant 4e, ce dernier échoue de peu à faire remonter son club immédiatement dans l'élite. Partie remise: dès la saison suivante, Caen décroche enfin le 3e ticket pour la L1 et peut faire ses grands débuts de coach dans l'élite française à l'été 2014. Le SM Caen termine 13e, seul promu à se maintenir dans l'élite à l'issue de cette saison.

Et même après toute ces années, Patrice n'aura jamais oublié le club qui l'a lancé et qui lui aura permis de briller même avec un léger différé de 8 ans: "Pour moi Saint-Étienne c’est unique, il n’y a pas un club qui ressemble à ça. Il y a des valeurs qui me correspondent dans ce club. Je suis Lyonnais d’origine mais Stéphanois d’adoption. J’ai été adopté par ces gens, bercé par l’épopée européenne. Dans ce stade, ces vestiaires, il y a une odeur, une atmosphère, il y a quelque chose qui me transporte. Je n’ai jamais retrouvé ailleurs ce que j’avais à Saint-Étienne" (France Bleu)

Gageons que Dupont (à moins que ce ne soit Dupond ?) pourra encore longtemps exercer ses talents en Ligue 1, pour se rappeler au bon souvenir de ses glorieuses années de buteur...